Smicards et p’tites pépées au Parlement européen
Dernière session du Parlement européen à Strasbourg : entre le traitement des affaires courantes, la dégustation de grands vins, les cocktails à gogo organisés par les différents lobbys, quelques députés font acte de présence, espérant faire partie des heureux élus au soir du 7 juin. Derrière cette vitrine chatoyante, il y a un monde moins chouchouté, celui des employés chargés d’?uvres très ordinaires : nettoyage, cuisine, maintenance…
Originaires de Turquie, du Maroc ou du Mali, ils sont à leur poste dés 6 heures du matin, payés au smic. Au Parlement européen, ils sont facilement identifiables : sans costume cravate ni tailleur, munis de leurs blouses, ils ont une couleur de peau plus ou moins sombre, travaillent en silence. Leur langue est chez eux un organe optionnel. Parmi ces man?uvres des sous-sols de l’Europe, très peu souhaitent parler de leurs conditions de travail, et lorsqu’ils acceptent de le faire, c’est entre deux murs et dans l’anonymat.
Hamid, 30 ans, d’origine marocaine, agent d’entretien : ? Je travaille au Parlement européen depuis dix ans, dit-il dans un mauvais fran?ais. Je fais le ménage de 6 heures à 13 heures en continu, sans pause, sans avantages, j’ai juste bénéficié d’une prime de 20 euros en fin d’année dernière. Les costards cravates, ils passent devant nous sans un mot ; des fois, certains nous disent bonjour du bout de la langue. Moi, je m’en fiche, je suis là pour faire mon travail et rentrer chez moi après. On n’est jamais invité aux cocktails et aux fêtes de fin d’année. A midi, je préfère manger chez moi, dans le self, je suis pas à l’aise. ?
Sous nos yeux, une scène confirme les propos de Hamid : un Italien en costume cravate s’approche d’une femme de ménage d’origine turque et l’interpelle, d’un air snob et directif : ? Est-ce que vous pourriez nettoyer par terre devant l’exposition de photos, là-bas ? Merci. ? L’employée obéit. Elle est payée pour ?a, non ?
Parmi ces employés, certaines disent en voir de belles ! Les bureaux feutrés des institutions européennes servent à tout office. Umur, jeune Fran?ais d’origine turc : ? Je suis agent de maintenance. Je suis amené à circuler partout, et quelques fois, derrière les portes, je surprends des partis fines de certains députés, qui sont les premiers à défendre les bonnes m?urs, confie-t-il, visiblement choqué par ce spectacle. Il suffit aussi de regarder le bar de l’H?tel Hilton pendant les sessions parlementaires. Il y a, attablées, des escortes girls dans l’attente de députés à la recherche d’aventures sexuelles tarifées. ?
L’hémicycle, ce jour-là pratiquement déserté par les eurodéputés, m’inspire cette réflexion, un peu facile, je l’admets : voilà des parlementaires européens confortablement payés et, à c?té d’eux, des employés toujours fidèles au poste, rémunérés au lance-pierre. On se demande qui, des premiers ou des seconds, font tourner la machine européenne.
Chaker Nouri (Strasbourg)
Les prénoms ont été modifiés.
rolex
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